Waves of Wellness, Virginia Philippe, retour à l'accueil

Le journal

Santé bleue

La santé bleue, ou pourquoi les voix baissent au bord de l'eau

6 min de lecture

Mer turquoise et plage de sable clair sous un ciel bleu

Quand je descends à la Pointe Rouge avec un groupe qui sort tout juste du métro, il se passe toujours la même chose. On arrive sur le sable, et les voix baissent. Personne n'a demandé le silence. Quelqu'un s'arrête, regarde la surface pendant vingt secondes, puis se retourne vers moi comme s'il fallait s'excuser d'avoir décroché. Il paraît qu'il existe un mot pour ça, et même un champ de recherche derrière : la santé bleue.

Autant être franche sur ce que je sais et sur ce que j'ignore. La santé bleue, blue health en anglais, étudie ce que la présence d'eau fait à notre état mental et physique. Le champ est jeune, les chercheurs prudents : ils parlent d'associations observées et se gardent de conclure à des causes. Je le précise tout de suite, parce que la formule « l'eau apaise » circule à toute vitesse sur Instagram, où elle est devenue un argument de vente.

Ce qu'on appelle un espace bleu

Un espace bleu dépasse largement l'océan. Toute étendue d'eau qu'on voit ou qu'on entend depuis l'endroit où on se tient compte : la mer, un lac, un canal, le bassin d'un parc, la fontaine d'une place de village. Les équipes qui travaillent là-dessus comparent la santé déclarée, le niveau de stress ou la qualité du sommeil de gens plus ou moins exposés à ces lieux, et les associations positives reviennent avec une régularité qui donne à réfléchir. Associations, j'insiste sur le mot. Habiter près de l'eau, c'est souvent habiter un quartier plus aéré, où l'on marche davantage, et personne n'a encore démêlé tout ça proprement.

Les explications proposées sont nombreuses et elles se cumulent sans doute. L'eau retient l'attention sans la dépenser : le regard suit un reflet, puis une vague, puis plus rien de précis, et cette attention-là ne coûte rien, quand une heure d'écran vous laisse vidée. Elle oblige aussi à regarder loin, ce que nos journées ne réclament presque jamais, et je trouve ce point très sous-estimé. Elle pose un fond sonore continu par-dessus le bruit de la ville. Elle nous fait bouger et parler, aussi, puisqu'on marche plus longtemps le long d'un quai et qu'on adresse la parole à quelqu'un qu'on aurait ignoré ailleurs.

Je ne connais pas d'autre endroit où le regard part aussi loin sans qu'on ait rien à décider.

Se baigner, ou juste rester au bord

On mélange les deux en permanence, et ça m'agace, parce que les gens qui détestent l'eau froide s'excluent tout seuls d'une pratique qui ne leur demandait jamais de se mouiller. Entrer dans l'eau, surtout fraîche, déclenche une réaction immédiate : le souffle se coupe, la peau se resserre d'un coup, le corps proteste, puis quelque chose se réorganise. C'est engageant, souvent exigeant, et ça convient à certaines et pas à d'autres. Rester au bord fonctionne sur une ligne plus lente, ouverte à n'importe qui, sans matériel et sans condition physique particulière. Sur la planche de paddle, on obtient un troisième objet : portée par l'eau sans y être, avec un déséquilibre permanent qui vous garde présente. Personne ne s'endort en équilibre sur un paddle. Je refuse de faire entrer un groupe dans l'eau froide au premier cours, quoi qu'on me demande. Quatre choses reviennent, quel que soit le format.

  • Le souffle change avant la tête. Beaucoup arrivent en parlant vite, dix minutes face au large, et la respiration s'allonge toute seule sans que j'aie eu à dire un mot.
  • Le temps se déforme. Une heure au large est presque toujours racontée comme plus courte qu'une heure en salle.
  • Les gens se parlent autrement, y compris les groupes d'entreprise, dont le retour de séance sur la plage devient plus direct et beaucoup moins lissé qu'autour d'une table de réunion.
  • La détente n'a aucun rapport avec la réussite. Celles qui tombent trois fois à l'eau repartent aussi apaisées que celles qui tiennent toutes les postures. Souvent plus.

Quand on habite loin de la côte

  1. Repérez l'eau qui existe déjà autour de vous : un canal, un étang, le bassin d'un parc, une fontaine. La taille compte beaucoup moins qu'on ne l'imagine.
  2. Prenez un rendez-vous court et régulier plutôt qu'une grande sortie une fois par mois. Vingt minutes chaque semaine feront davantage qu'une journée entière par trimestre.
  3. Sur place, commencez par ne rien faire. Le téléphone reste dans la poche, sans podcast dans les oreilles et sans compter vos respirations. Laissez le regard travailler seul.
  4. Ajoutez ensuite une respiration simple : inspirez par le nez, expirez plus longtemps que vous n'avez inspiré, une dizaine de fois.
  5. Terminez en nommant une chose que vous avez entendue et une chose que vous avez vue. Cet ancrage minuscule vaut mieux qu'un long débriefing intérieur.

Marseille me donne un terrain d'observation que je n'aurais nulle part ailleurs, et je ne crois pas une seconde que la Méditerranée détienne un monopole. Si vous avez de l'eau à moins de vingt minutes de chez vous, allez-y une fois cette semaine, sans objectif. Moi je serai à la Pointe Rouge au prochain lever de jour, avec une combinaison que je n'arrive toujours pas à enfiler du premier coup.

Écrit par Virginia Philippe, coach bien-être à Marseille. Ces contenus sont des repères de pratique, pas un avis médical : en cas de doute, parlez-en à votre médecin.

Envie de pratiquer autrement qu'en lisant ? Les séances au bord de l'eau se réservent en petit groupe, et les interventions en entreprise se calent sur votre contexte.

À lire ensuite