Waves of Wellness, Virginia Philippe, retour à l'accueil

Le journal

Santé bleue

Sur un paddle, la crispation se voit tout de suite

6 min de lecture

La silhouette d'une personne debout sur un paddle, au coucher du soleil

La première fois, presque tout le monde fait la même chose. Les doigts se referment sur les bords de la planche et les épaules montent d'un coup vers les oreilles. Le regard, lui, part se coller aux pieds. Et la planche se met à trembler, un matin où la mer est parfaitement plate.

Je donne ces cours à la Pointe Rouge, tôt le matin, avant que la plage se remplisse et que la ville klaxonne. Il m'a fallu des années pour comprendre pourquoi j'y tenais autant. La planche lit l'état intérieur de la personne qui se tient dessus et le lui renvoie en quelques secondes : elle ne juge pas, elle traduit. Rien de ce que je fais en salle ne va aussi vite.

Sur l'eau, on ne triche pas longtemps

Dans une salle, sur un tapis, avec un sol qui ne bouge pas, on compense des années : serrer les cuisses, bloquer la mâchoire, tenir par la force et appeler ça de la technique. J'ai fait ça très longtemps sans m'en apercevoir. Sur l'eau, ça dure trente secondes. La crispation part en vibration, la vibration devient déséquilibre, et les paumes finissent à plat sur la planche. Je répète les mêmes trois consignes à chaque séance : desserrez les mains, allongez l'expiration, regardez loin devant. Le regard collé aux pieds, vous cherchez votre équilibre dans dix centimètres carrés ; le regard posé sur la digue du large, vous empruntez la stabilité de quelque chose d'énorme et d'immobile. L'expiration longue s'occupe du reste, elle fait redescendre les épaules et calme la petite panique qui démarre.

Personne n'a jamais gagné un bras de fer contre une planche de paddle.

Ce qui se passe vraiment pendant l'heure

  1. On se retrouve les pieds dans le sable et on respire cinq minutes avant de toucher une planche. J'annonce tout le déroulé, dans l'ordre : personne ne part sur l'eau en se demandant ce qui l'attend.
  2. On pagaie jusqu'à une zone abritée, quelques dizaines de mètres plus loin. Cette traversée compte comme échauffement.
  3. On ancre les planches et on commence à genoux, en respiration, le temps que le clapot sous les tibias cesse de paraître bizarre.
  4. On monte par étapes : quatre pattes, chien tête en bas, puis les premières postures debout, jambes largement écartées et genoux souples. Je raccourcis chaque posture par rapport à terre et j'y reviens plus souvent, parce que sur l'eau la tête fatigue avant les jambes.
  5. On finit allongé, une main sur le ventre. C'est le moment dont les gens me reparlent des semaines après : le soleil, l'eau juste sous les omoplates, plus rien à tenir.
  6. Retour en pagayant sans se presser, puis deux minutes assises sur le sable pour voir ce qui a changé dans le corps.

Beaucoup arrivent persuadées qu'il faut être sportive pour monter là-dessus. Les plus à l'aise ne sont presque jamais les plus entraînées : une femme de soixante ans qui nage depuis toujours passe souvent une meilleure heure qu'un coureur de trente ans habitué à forcer. Et puis il y a le silence. À trois cents mètres du bord, pas de musique, pas de notification, et plusieurs participantes m'ont dit que c'était leur première heure injoignable depuis des mois. Je n'accroche pas d'enceinte sur ma planche et je ne fais pas de photos pendant le cours. Le bien-être qui se termine en story m'ennuie profondément.

Tomber à l'eau, et après

Presque tout le monde arrive avec cette question, posée en riant pour l'alléger. Ma réponse ne change jamais : oui, vous tomberez peut-être, et honnêtement ça n'a aucune importance. Nous sommes dans l'eau, en été, à côté d'un objet qui flotte remarquablement bien. Celles qui basculent dans les dix premières minutes se détendent pour toute l'heure qui suit, je l'ai vu trop souvent pour appeler ça une coïncidence. Ce qui coûte cher, c'est de passer quarante minutes à ne pas tomber. Cette dépense-là, vous la connaissez déjà à terre : le mardi de novembre où vous vous raidissez dès le petit déjeuner en pensant à la réunion de quinze heures, dans la salle sans fenêtre du deuxième étage.

  • L'expiration longue quand la tension monte. Elle marche dans un bureau aussi bien qu'en mer, et personne autour de vous ne la remarque.
  • L'habitude de relever les yeux. Fixer ce qui se trouve à dix centimètres suffit à perdre l'équilibre, sur une planche comme dans une journée surchargée.
  • Une tolérance au mouvement : ça bouge, ça continuera de bouger, et il n'y a rien là-dedans à réparer.
  • Un rapport plus calme à l'erreur, pour la simple raison qu'on est tombée, remontée, et que rien ne s'est passé.

Je ne sais pas si ça marche pour tout le monde. Certaines reviennent au bord les épaules basses et la voix posée, en me disant qu'elles n'ont pas repensé à leur journée depuis une heure. D'autres ont surtout eu froid. En septembre, on part au lever du jour, l'eau est encore bonne, et le sable colle aux pieds mouillés jusqu'à la voiture. Prenez une serviette de plus.

Écrit par Virginia Philippe, coach bien-être à Marseille. Ces contenus sont des repères de pratique, pas un avis médical : en cas de doute, parlez-en à votre médecin.

Envie de pratiquer autrement qu'en lisant ? Les séances au bord de l'eau se réservent en petit groupe, et les interventions en entreprise se calent sur votre contexte.

À lire ensuite