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Le journal

Santé bleue

Entrer dans l'eau froide sans se raconter d'histoires

7 min de lecture

La surface d'une mer bleue et froide, jusqu'à l'horizon

Un mardi de novembre, à la Pointe Rouge, une femme est arrivée à ma séance avec une combinaison neuve encore pliée dans son sac, et m'a demandé combien de minutes il fallait tenir pour que ça marche. Elle avait vu les vidéos de bains de glace. Elle n'avait jamais déroulé un tapis de yoga de sa vie. Depuis trois ou quatre hivers, j'ai cette conversation en boucle, avec des attentes énormes en face de moi, et ma réponse déçoit : je lui ai dit que je ne comptais pas les minutes. Ce que je regarde, c'est la façon dont quelqu'un entre.

Je pratique en mer ouverte, au large de Marseille, là où l'eau descend autour de treize ou quatorze degrés en février. Les baignoires remplies de glaçons, je les laisse à d'autres ; l'esthétique de performance qui va avec me fatigue. L'écart entre ce que le froid promet sur Instagram et ce qu'il fait à de vraies personnes, dans une vraie mer, est devenu inconfortable à regarder.

Là où j'arrête de promettre

Les gens sortent de l'eau réveillés. Le regard change, la voix porte plus loin, l'humeur tient une bonne partie de la journée, et je le vois à chaque séance, donc je le dis sans trembler. Des travaux se sont intéressés à ces effets sur la vigilance, tant mieux. Mais j'ai lu assez de publications sur le froid qui « soigne l'anxiété » pour savoir où passe ma limite. Le froid n'est pas un traitement, et l'habitude d'en faire une épreuve à réussir me hérisse. Ce que je propose est une exposition brève et volontaire à quelque chose d'inconfortable, dans un cadre où vous gardez la main. Rien de plus.

La respiration passe avant le froid

Il m'a fallu des années pour cesser de croire que le froid s'apprivoisait par la volonté. Tout se joue dans les deux premières minutes, au moment où l'eau atteint le ventre : le souffle part en avant, court et haut, et le cerveau conclut très vite qu'il faut sortir. Ce réflexe est normal. On peut le laisser prendre toute la place. On peut aussi avoir passé assez d'heures à travailler son expiration au sec, sur un tapis, pour savoir quoi en faire. Dans mes séances la respiration vient avant, toujours, et je refuse d'emmener dans l'eau quelqu'un qui n'a jamais fait ce travail-là.

  1. Cinq minutes de respiration au bord de l'eau, assise ou debout, en allongeant l'expiration plus que l'inspiration. Le corps doit être calme avant d'entrer.
  2. Entrez progressivement : les pieds, les mollets, les cuisses, quelques secondes à chaque étage. Jamais de saut ni de plongeon.
  3. Quand le ventre et la poitrine passent sous l'eau, le souffle va se précipiter. Accompagnez-le en soufflant longuement par la bouche au lieu de le retenir.
  4. Restez peu de temps. Une première fois se compte en dizaines de secondes, et l'heure de la sortie se décide avant d'entrer, pas une fois dans l'eau.
  5. Réchauffez-vous en bougeant, rhabillée, à l'abri du vent. Pas de douche brûlante dans la minute, pas de sauna dans la foulée.

Laissez la saison faire le travail

À Marseille, la mer se refroidit lentement d'octobre à février. Quelqu'un qui y va chaque semaine dès l'automne suit cette descente sans rien forcer, et se retrouve en janvier à quatorze degrés sans avoir eu le sentiment de franchir une étape. C'est la voie que je propose. Je ne sais pas si elle convient à tout le monde, je me trompe peut-être. Les personnes qui se font mal, ou qui abandonnent au bout de trois séances, sont presque toujours celles qui ont commencé en plein hiver avec quelque chose à prouver. Il n'y a rien à prouver. Une séance réussie est une séance dont vous ressortez en ayant gardé votre souffle, même si elle a duré quarante secondes.

  • Vous respirez calmement au bout d'une minute dans l'eau : le corps s'organise, vous pourrez allonger un peu la fois suivante.
  • Vous grelottez encore vingt minutes après la sortie, ou vos mains restent gourdes : c'était trop long, raccourcissez nettement.
  • L'idée de la séance vous pèse plusieurs jours à l'avance, vous cherchez des raisons de l'annuler : faites une pause, l'eau sera encore là au printemps et personne ne tient un compteur.
  • Engourdissement, confusion, fatigue anormale pendant l'immersion : vous sortez, tout de suite, même si vous aviez prévu de rester plus longtemps.

Le froid ne rend personne plus fort. Il vous met sous les yeux votre façon de réagir quand ça devient inconfortable, et cette façon-là, elle se travaille.

Ce que je préfère, en fait, c'est l'après. Remonter sur un paddle au large, s'asseoir, ne rien faire pendant dix minutes pendant que le corps se réchauffe et que la Méditerranée range les pensées à votre place. Si l'envie vous prend, commencez en septembre, quand l'eau est encore tiède et que ça ressemble à une baignade. Et prenez des chaussons : le sable de la Pointe Rouge colle aux pieds mouillés, vous serez contente de les avoir.

Écrit par Virginia Philippe, coach bien-être à Marseille. Ces contenus sont des repères de pratique, pas un avis médical : en cas de doute, parlez-en à votre médecin.

Envie de pratiquer autrement qu'en lisant ? Les séances au bord de l'eau se réservent en petit groupe, et les interventions en entreprise se calent sur votre contexte.

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