
Santé bleue
Sortir une équipe au bord de l'eau, et ce qu'il en reste
Ce que le bord de mer change dans la façon dont une équipe se parle, et les contraintes qu'il vaut mieux connaître avant de réserver une matinée à la Pointe Rouge.
7 min de lecture
Il y a une pratique que je ne facture pas et que je n'ai jamais mise au programme d'un atelier, alors que je la recommande plus souvent que tout le reste : marcher lentement au bord de l'eau, vingt minutes, sans rien faire d'autre. Pas de podcast dans les oreilles, et le compteur de pas peut attendre. Vous, une allure plus lente que d'habitude, de l'eau sur le côté.
J'habite Marseille, la mer est à vingt minutes de tram, je sais bien que ça aide. Je reviens à la fin sur ce qu'on fait loin de la côte. Il m'a fallu des années pour comprendre pourquoi cette marche-là me remet d'aplomb alors qu'un quart d'heure de tapis de course ne me fait strictement rien. L'allure ralentie y est pour quelque chose, le regard qui porte loin encore plus.
Faites le compte après une journée de bureau : votre regard a-t-il dépassé un mètre cinquante ? L'écran, le téléphone, un visage en visio, la feuille posée à côté du clavier. Les yeux restent en convergence du matin au soir, les muscles qui les accommodent ne lâchent jamais vraiment, la nuque suit, et le soir on met ça sur le compte d'une fatigue générale. Le bord de mer, lui, ne vous propose rien à fixer. Le regard file jusqu'à l'horizon et l'accommodation se relâche. En janvier dernier j'animais un atelier dans une salle de réunion sans fenêtre, quatorze personnes sous des néons, et je me souviens d'avoir pensé que la moitié du bénéfice venait du quart d'heure passé dehors ensuite. Je vois la même chose avant mes cours à la Pointe Rouge : des participantes arrivent la mâchoire serrée, dix minutes plus tard les épaules sont redescendues sans que j'aie ouvert la bouche.
On me le dit à chaque intervention en entreprise, souvent avec un sourire en coin : facile à dire quand on vit à Marseille. C'est vrai, et c'est aussi un peu court. Il vous faut une surface d'eau et de la profondeur de champ, avec si possible un son continu par-dessus, et la plupart des villes ont ça quelque part, à dix minutes de chez vous. Je me trompe peut-être, mais je crois que le lieu pèse moins lourd que la décision de ne rien produire pendant vingt minutes.
Vingt minutes pendant lesquelles vous ne produisez rien. C'est la partie que les gens que j'accompagne ont le plus de mal à s'accorder.
Ce qui m'agace dans la mode du bien-être, c'est le matériel qu'on empile autour : l'application, le tapis, l'abonnement, la tenue assortie. Ici il n'y a rien à acheter. Un mardi de novembre, entre midi et deux, la Corniche est presque vide, l'eau est grise et le vent pique un peu. Je ne sais pas si ça marche pour tout le monde, alors essayez une fois cette semaine et venez me dire dans quel état vous rentrez.
Écrit par Virginia Philippe, coach bien-être à Marseille. Ces contenus sont des repères de pratique, pas un avis médical : en cas de doute, parlez-en à votre médecin.
Envie de pratiquer autrement qu'en lisant ? Les séances au bord de l'eau se réservent en petit groupe, et les interventions en entreprise se calent sur votre contexte.

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