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Le journal

Santé bleue

Vingt minutes au bord de l'eau, sans rien faire d'autre

5 min de lecture

Une femme marche face à la mer, la main tendue vers la personne qui la suit

Il y a une pratique que je ne facture pas et que je n'ai jamais mise au programme d'un atelier, alors que je la recommande plus souvent que tout le reste : marcher lentement au bord de l'eau, vingt minutes, sans rien faire d'autre. Pas de podcast dans les oreilles, et le compteur de pas peut attendre. Vous, une allure plus lente que d'habitude, de l'eau sur le côté.

J'habite Marseille, la mer est à vingt minutes de tram, je sais bien que ça aide. Je reviens à la fin sur ce qu'on fait loin de la côte. Il m'a fallu des années pour comprendre pourquoi cette marche-là me remet d'aplomb alors qu'un quart d'heure de tapis de course ne me fait strictement rien. L'allure ralentie y est pour quelque chose, le regard qui porte loin encore plus.

Ce que fait l'oeil quand on lui laisse de la place

Faites le compte après une journée de bureau : votre regard a-t-il dépassé un mètre cinquante ? L'écran, le téléphone, un visage en visio, la feuille posée à côté du clavier. Les yeux restent en convergence du matin au soir, les muscles qui les accommodent ne lâchent jamais vraiment, la nuque suit, et le soir on met ça sur le compte d'une fatigue générale. Le bord de mer, lui, ne vous propose rien à fixer. Le regard file jusqu'à l'horizon et l'accommodation se relâche. En janvier dernier j'animais un atelier dans une salle de réunion sans fenêtre, quatorze personnes sous des néons, et je me souviens d'avoir pensé que la moitié du bénéfice venait du quart d'heure passé dehors ensuite. Je vois la même chose avant mes cours à la Pointe Rouge : des participantes arrivent la mâchoire serrée, dix minutes plus tard les épaules sont redescendues sans que j'aie ouvert la bouche.

  • La ligne d'horizon, là où un bleu devient un autre bleu. Le regard s'y pose tout seul.
  • Le mouvement des vagues, qui se répète sans jamais se répéter tout à fait, assez régulier pour rassurer et assez imprévisible pour retenir l'attention.
  • Le bruit de l'eau, large et sans paroles, qui n'a rien à vous vendre.
  • Le vent sur la peau, l'odeur d'iode : le corps traite ces informations sans passer par les mots.
  • Vos pieds, de temps en temps, le sable qui cède, un galet qui roule, le sol mouillé du bord qui tient tellement mieux.

Les vingt minutes, dans le détail

  1. Choisissez un tronçon que vous pouvez faire en aller-retour sans réfléchir. Dix minutes dans un sens, demi-tour, dix minutes au retour. Ne pas avoir à décider du chemin fait partie du repos.
  2. Téléphone en mode avion, et rangé. Pas dans la main, pas dans la poche de devant, dans un sac. Personne ne vous cherche pendant vingt minutes.
  3. Les trois premières minutes, gardez votre allure habituelle et laissez votre tête finir sa phrase. On n'éteint pas un mental, on attend qu'il s'épuise.
  4. Puis ralentissez pour de bon, jusqu'à une allure qui vous paraît un peu ridicule. Si vous ne trouvez pas ça trop lent, vous n'avez pas encore ralenti.
  5. Posez la respiration sur le pas : quatre pas à l'inspiration, six à l'expiration, par le nez. Le comptage vous crispe ? Laissez-le tomber, allongez juste l'expiration.
  6. Toutes les deux ou trois minutes, ramenez le regard sur l'horizon. C'est le seul geste vraiment actif de toute la pratique.
  7. Les deux dernières minutes, arrêtez-vous face à l'eau, debout, à ne rien faire. Puis rentrez sans ressortir le téléphone tout de suite.

Si vous n'habitez pas au bord de la mer

On me le dit à chaque intervention en entreprise, souvent avec un sourire en coin : facile à dire quand on vit à Marseille. C'est vrai, et c'est aussi un peu court. Il vous faut une surface d'eau et de la profondeur de champ, avec si possible un son continu par-dessus, et la plupart des villes ont ça quelque part, à dix minutes de chez vous. Je me trompe peut-être, mais je crois que le lieu pèse moins lourd que la décision de ne rien produire pendant vingt minutes.

  • Un canal, une rivière : la berge donne la ligne de fuite et le courant donne le mouvement. Marchez dans le sens du courant à l'aller.
  • Un lac, un étang, le bassin d'un parc. Moins de bruit d'eau, mais un horizon dégagé et des reflets qui changent tout le temps.
  • Une fontaine sur une place. La profondeur de champ manque, le son est là : asseyez-vous au lieu de marcher, dix minutes suffisent.
  • À défaut, une longue allée droite dans un parc, avec un banc au bout. L'important est de pouvoir poser le regard à cinquante mètres.

Vingt minutes pendant lesquelles vous ne produisez rien. C'est la partie que les gens que j'accompagne ont le plus de mal à s'accorder.

Ce qui m'agace dans la mode du bien-être, c'est le matériel qu'on empile autour : l'application, le tapis, l'abonnement, la tenue assortie. Ici il n'y a rien à acheter. Un mardi de novembre, entre midi et deux, la Corniche est presque vide, l'eau est grise et le vent pique un peu. Je ne sais pas si ça marche pour tout le monde, alors essayez une fois cette semaine et venez me dire dans quel état vous rentrez.

Écrit par Virginia Philippe, coach bien-être à Marseille. Ces contenus sont des repères de pratique, pas un avis médical : en cas de doute, parlez-en à votre médecin.

Envie de pratiquer autrement qu'en lisant ? Les séances au bord de l'eau se réservent en petit groupe, et les interventions en entreprise se calent sur votre contexte.

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