
Santé bleue
Sur un paddle, la crispation se voit tout de suite
J'enseigne le paddle yoga tôt le matin, à la Pointe Rouge. En une heure, la planche montre à chacune ce qu'elle serre sans le savoir, et ce qu'elle peut lâcher.
6 min de lecture
Une DRH m'a demandé au téléphone, la semaine dernière, si ce que je propose était « une activité ». La question est légitime : oui, une matinée à la Pointe Rouge fonctionne très bien comme activité, et beaucoup d'entreprises s'en contentent. Les équipes qui me rappellent, en général, ont vu autre chose se produire ce matin-là. Je vis à Marseille, j'anime des séances de respiration, de mouvement et de paddle yoga sur des plages qui se trouvent à vingt minutes des bureaux de la plupart des gens que je reçois. Presque personne ne s'en sert.
Dans une salle de réunion, même repeinte de frais, même couverte de post-it de couleur, chacun arrive avec son rôle sur le dos. Le manager reste le manager. La personne qui parle peu continue de parler peu, et l'exercice de cohésion se joue sur un terrain déjà quadrillé. Sur le sable, ce terrain se défait tout seul : tout le monde est pieds nus, tout le monde a froid au début, tout le monde entend les mêmes vagues. Je serais bien incapable de vous expliquer le mécanisme, et je me méfie des explications trop propres qu'on en donne en conférence. Je constate seulement que les gens se coupent moins la parole. Après vingt minutes de respiration guidée face à l'eau, le débit change, les questions deviennent plus franches, et j'ai vu une équipe traiter en un quart d'heure un sujet qu'elle contournait depuis l'automne.
Le silence ne gêne personne quand les vagues le remplissent. Quelqu'un finit par dire ce qu'il gardait pour lui.
Une séance isolée reste un événement, et je le dis maintenant aux entreprises avant qu'elles ne posent la question. Ce qui la rend utile, c'est son accrochage à un objectif déjà écrit chez vous : prévention des risques psychosociaux, intégration d'une équipe après une réorganisation, retour au collectif après six mois de surchauffe, volet bien-être d'une politique RSE. La dimension environnementale vient d'elle-même, puisque je parle du littoral pendant la séance, de ce qu'on voit depuis la plage et de ce qui l'abîme. Plusieurs équipes ont enchaîné avec un ramassage de déchets du côté des Goudes. Ça compte : les participants en reparlent des mois après, ce qui n'a jamais été le cas de la corbeille de fruits bio du lundi matin.
J'annonce tout ça à la réservation, parce qu'à ce moment-là tout se règle, et que la veille plus rien ne se règle. La météo : à Marseille, la pluie ne pose presque jamais de problème, le mistral si, il rend la séance sur l'eau impossible et la séance sur le sable pénible pour tout le monde. Le trajet : comptez le temps porte à porte, les kilomètres mentent, et souvenez-vous que les plages du sud sont mal desservies dès qu'on sort des heures de pointe. Reste l'effectif : au-delà de vingt-cinq personnes ma voix ne porte plus sans sonorisation, alors je scinde le groupe.
Je pose toujours la question, parfois par mail un mois après, et les réponses ne sont pas celles que j'espérais à mes débuts. La nouveauté s'efface vite, la sensation physique aussi. Il reste une respiration très simple, quatre temps à l'inspiration, six à l'expiration, que des participants refont seuls dans leur voiture avant un entretien qu'ils redoutent. Il m'a fallu des années pour accepter que ce soit ça, le plus utile. Et il reste une histoire commune, un peu bête : une équipe qui a eu froid ensemble, qui a ri parce qu'un cadre de cinquante ans est tombé de sa planche en essayant le guerrier, garde une référence que trois séminaires en salle ne fabriquent pas. Une matinée au bord de l'eau ne réparera pas ce qui va mal dans une organisation, méfiez-vous de qui vous le promet. Si vous hésitez, prenez une heure, un groupe de volontaires et une plage proche du bureau. Un mardi de novembre, tant qu'à faire, quand personne n'a envie d'y aller.
Écrit par Virginia Philippe, coach bien-être à Marseille. Ces contenus sont des repères de pratique, pas un avis médical : en cas de doute, parlez-en à votre médecin.
Envie de pratiquer autrement qu'en lisant ? Les séances au bord de l'eau se réservent en petit groupe, et les interventions en entreprise se calent sur votre contexte.

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